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Réserve civique : « On peut participer à des missions bénévoles de chez soi » (Journal LACROIX)

Entretien 

 

La « réserve civique » lancée par le gouvernement doit permettre à ceux qui le souhaitent de s’investir en pleine crise du coronavirus. Bruno MOREL, le directeur général d’Emmaüs Solidarité, salue l’initiative tout en imaginant des missions permettant aux volontaires de respecter les précautions sanitaires.

 

La Croix : Quelles sont vos difficultés depuis le début de la crise sanitaire ?

Bruno Morel : Depuis la semaine dernière, nous avons constaté l’absence d’environ 30 % de nos salariés, mais aussi de nos volontaires. Certains doivent garder leurs enfants depuis la fermeture des écoles, ou bien sont malades et doivent donc rester confinés. D’autres ont des profils à risque, car de nombreux volontaires sont des jeunes retraités.

Or nous avons une mission essentielle. Toute personne sans abri a le droit à un toit. Par ailleurs, laisser les gens dans la rue contribue à la propagation du virus, et ce sont des personnes d’autant plus fragiles face à un risque d’infection. Il faut donc absolument maintenir nos activités.

Si un personnel dans un centre est particulièrement malade ou absent, nous devons continuer à nourrir les gens. En prenant toutes les précautions sanitaires, nous avons donc intérêt à ce que des personnes viennent spontanément s’impliquer à nos côtés et nous aider.

Que pensez-vous de la plateforme « réserve civique » mise en place par le gouvernement ?

B. M. : Nous sommes en lien avec le gouvernement pour gérer la question des hébergements d’urgence depuis le début de la crise. Ils nous ont informés de la mise en place de cette plateforme, il y a quelques jours. L’idée de cette réserve civique, de mettre en relation les volontaires avec les associations en manque de bras, est plutôt intéressante. La plateforme est plutôt bien faite et en y visualisant les lieux, les volontaires pourront y trouver une mission proche de chez eux.

Je suis actuellement en train d’y inscrire notre structure. Nous allons ensuite travailler à l’élaboration de toutes nos fiches de mission, de manière à être le plus clair possible sur ce que l’on propose, en expliquant aux gens où ça se passe, selon quelles conditions, quels horaires, et l’identité de notre association.

À chaque crise, nous constatons toujours une forte sensibilisation aux démarches citoyennes, à chaque fois nous voyons arriver des gens qui nous demandent comment ils peuvent nous prêter main-forte. Depuis dix jours, nous avons ainsi déjà reçu beaucoup de propositions d’aide spontanée. Les profils sont très variés mais il y a surtout des jeunes. Nous fournir la possibilité de coordonner tout cela me paraît être une bonne idée.

Évidemment il y a des précautions à prendre. Il ne s’agit surtout pas de mettre en danger des personnes particulièrement vulnérables au virus. Nous allons avoir une vigilance vis-à-vis des volontaires, sur les critères de risque que peuvent constituer leur âge ou leur état de santé.

En ces temps d’épidémie, le civisme ne se heurte-t-il pas à une forme d’injonction contradictoire, entre la nécessité de s’engager pour les autres et celle de rester confiné chez soi pour éviter la propagation du virus ?

B. M. : Oui, nous avons vu nos volontaires traversés par une sorte de trouble avec l’arrivée du confinement, à ne plus savoir s’il fallait continuer ou non le bénévolat. La première question à se poser peut être : quel type de mission peut-on faire de chez soi ? C’est une solution pour éviter de laisser les volontaires face à cette contradiction, entre la nécessité d’agir et celle d’être confiné.

Nous sommes en train de réfléchir à de telles missions dans lesquelles les personnes ne se mettraient pas en situation de risque. Dans l’état actuel de la crise, nous avons par exemple besoin d’appeler tous les personnes qui ne sont plus rassemblées dans des centres pour prendre de leurs nouvelles, et même s’assurer qu’elles n’ont pas de problème de santé. La mission serait donc de téléphoner de chez soi à un certain nombre d’entre elles chaque jour. Et d’autres tâches de ce type sont en discussion.

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